Balint : la reparation du défaut fondamental ou de ses blessures prépare à découvrir le potentiel de création

La thérapie Balint : Le thérapeute sert d’objet d’amour primaire pour accueillir la zone de souffrance, recréer une nouvelle histoire, entrer par le biais de l’Art-Thérapie dans la zone de création. Le processus de création est reproductible sur des modes différents. J’apprends ce processus de création pas seulement l’acte artistique pour pouvoir l’appliquer ensuite dans ma vie.

La première exclusion est celle de soi à soi. Réparer ce lien de soi à soi, puis faire ce que l’on peut à partir de là. Cette réparation passe par la médiation de l ‘autre, de même que la réparation du défaut fondamental passe par la médiation de l’objet d’amour primaire.

« Chacun fait ce qu’il peut » Alain Souchon

Cette citation nous invite à sortir du mythe du génie par la folie qui fascine les artistes ! En réalité tout le monde est capable de faire quelque chose à son niveau. Le génie est une anomalie. L’intérêt c’est la capacité créatrice.

Nous n’avons pas besoin de jouer au fou pour se sentir génial. Tout le monde peut devenir célèbre ¼ d’heure. Ce n’est pas pour cela qu’il est extraordinaire. La tentative de faire du malade un sujet extraordinaire comme dans le film Freaks, (qui signifie ” monstres” en Anglais), montre le système violent et l’exploitation dans une esthétique de la pathologie, devenue spectacle, on expose, on s’expose. L’handicapé est un monstre, il devient une chose manipulée au service du cirque. Sa violence pour sortir du système se retourne contre lui. Il ne peut pas avoir de sentiments humains. Le malade comme tout le monde a des handicaps mais tout le monde peut trouver son espace personnel de création dedans, en lui.

LA VIE d’ARTISTE est une structure de création orientée vers des buts. Mais le paradoxe c’est que nous n’avons plus de but personnel, nous participons à un mouvement de création, contrepoint silencieux à la violence de ce monde. Peut-être suis-je animée par le devoir de partager puisque c’est efficace.

« Nous pouvons remarquer que dans la situation thérapeutique, le résultat n’est généralement atteint qu’après que le malade ait exploré un certain nombre des possibilités apparues et les ait trouvées inadéquates… la substitution d’un ensemble de buts à un autre, l’abandon de l’espoir en des solutions magiques, l’idéalisation du thérapeute, et la cessation du traitement, sont tous des sujets dont on se préoccupe et dont on discute. » Le médecin en formation p28

Balint – Espace de la conscience océanique

CREER est un ouvroir de potentiel, un “oulipo”, pour reprendre les poètes surréalistes, ouvroir littéraire ou non…

Ce qui m’a séduit dans sa théorie psychanalytique, c’est d’abord que ça marche. Puis en entrant dans la deuxième phase de l’élaboration, j’ai vu sa démarche qui est entrée en phase avec ma culture. Il avait une femme ethnologue, et ses premiers travaux se confrontaient à la dialectique et aux intuitions d’Alice Balint. La théorie des zones du cerveau avec le défaut fondamental, la zone de réparation et la zone de création entrait en cohérence avec Mon exploration personnelle. C’est tellement rare. Il avait un champ d’étude : les médecins en formation Balint. Sa posture en dehors de l’institution avait toutefois l’art de rester inclusive ; j’ai aimé son retournement des catégories des classifications des syndromes psychiatriques sur le médecin.  En effet les évaluations de ses formations n’avaient pas un objectif de réussite au sens habituel de la certification et de l’acquisition des savoirs. Il explorait le savoir être malgré les mécanismes de défense et les postures sociales encombrantes de cette classe socio professionnelle. J’ai aimé cette impertinence, ce dégagement naturel de toute forme de pouvoir avec l’art et la manière d’utiliser le même langage, la sémantique de celui même qu’il observait.

C’est une démarche sociologique, objective, appuyée sur l’observation dans un champ de recherche médicale. Dans son système de formation il ne cherchait pas tant à être compris qu’à comprendre. Et l’évaluation de l’échec était en adéquation parfaite avec la notion des limites de mécanisme de défense.

Balint et la création artistique :

Le fondement de la théorie de Balint est la recherche d’unification et de sens. Dans l’ouvrage « Le défaut fondamental »  la création artistique est développée pour l’édification du système des trois zones de l’appareil psychique dont nous venons de parler. (La zone du défaut fondamental, la zone de réparation et la zone de création.)

La zone du défaut fondamental est une racine profonde, plus archaïque de l’origine des complexes développés dans la période œdipienne. Elle intéresse la danse car est pré verbale et c’est par un état psychique proche de celui de l’état du nourrisson après avoir bu son biberon, dans le remplissage bienheureux de ses besoins fondamentaux que nous percevons le patient en train de vivre une réparation. Cette période de réparation utilise l’analyste en tant qu’objet d’amour primaire.

Dans les cas de psychoses, c’est très prenant, la demande fusionnelle est contenue dans la régularité du travail et des rencontres. Dans ce cas, le medium artistique intervient pour compléter la présence du thérapeute et prolonger soit un état intérieur soit ouvrir une fenêtre vers une évolution plus autonome.

En pratique, l’art dans la thérapie me permet de repérer la zone de création.

Elle émerge du processus thérapeutique dans une dynamique naturelle et donne un signe d’évolution nette pour l’état du sujet dans son processus personnel. En ce sens la création est un matériau qui est donné comme les rêves, les associations d’idées, et surgit dans un rapport de communication inconsciente et porteuse de message.

Je prends en compte le lieu et le contexte de l’émergence : en institution, chez soi, dans un atelier, lorsque la personne est prise dans son flux créatif, elle propose et crée une alternative et une issue à une zone réparée. Elle prend forme, ça sort de manière compréhensible par tous, en tout cas acceptable pour tous.